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  • « L'angoisse dit vrai »

      Article paru dans PHILOSOPHIE MAG N°34


     PAUL LAURENT ASSOUN 


    . PHILOSOPHIE .


    Pour la psychanalyse, rappelle Paul-Laurent Assoun, l'angoisse est toujours liée à notre désir.

    C'est donc par elle que se déclenche notre subjectivité – si l'on sait la déchiffrer.

    Professeur à Paris-7, philosophe de formation et psychanalyste, Paul-Laurent Assoun est, en France, l'un des commentateurs les plus éclairants et prolixes du corpus analytique. Il publie un très précieux Dictionnaire des oeuvres psychanalytiques (PUF, 2009), dans lequel sont recensés les concepts principaux et les apports cliniques de 350 textes fondamentaux.


                                                            

    . PHILOSOPHIE .

    ENTRETIENS  

    Philosophie magazine : En faisant de l'angoisse le « phénomène principal » de la névrose, Freud ne nous invite-t-il pas à examiner la tonalité inconsciente de nos peurs ?

      Paul-Laurent Assoun : Oui. La peur est une réaction émotionnelle face à un danger extérieur.

     À l'inverse, l'angoisse est une réaction face à un danger qui vient de l'intérieur : de nos pulsions. Elle n'a pas d'objet, dit Freud, et c'est précisément ça qui est angoissant. Car, face à la peur, on peut toujours fuir. Mais on ne peut pas fuir notre angoisse, pas plus qu'on ne peut fuir nos pulsions psychosexuelles.
    La grande découverte de Freud, c'est : là où je désire, j'angoisse.

    Voilà pourquoi il considère l'angoisse comme l'affect des affects qui « ne ment pas », dira Lacan. Celui-ci va montrer par la suite que l'angoisse, à l'instar de la peur, a bien un objet, même si impalpable, c'est l'objet cause de mon désir inconscient. Un objet qui m'est extrêmement proche et en même temps terriblement extérieur.


     
    . PHILOSOPHIE .

     

               Jacques LACAN 


    Mais qu'est-ce qui, dans la pulsion, menace le sujet ?


    Tout se passe comme si le moi était pris en sandwich entre une montée de la pulsion depuis le ça et la menace de castration qui vient du surmoi.
    La castration, c'est quoi ? C'est, pour le dire simplement,
    un « Non ! » adressé par le père à l'enfant pour l'arracher à la jouissance de la mère, et l'introduire au désir et au langage.

     Pour Freud, en dernière instance, ce n'est pas de sa mort biologique que l'homme a peur mais de cette « première mort » traumatique qu'est la séparation d'avec la mère, précurseur de la castration.

    Car personne n'a l'expérience de sa propre mort. Par contre, la castration nous l'avons tous vécue par l'angoisse.
     C'est souvent à ce moment-là que l'enfant développe des phobies. 
     


    En quoi la phobie se distingue-t-elle de l'angoisse ?


    La phobie, c'est lorsque mon angoisse intérieure vient à se projeter sur un objet extérieur.

    C'est le cas du « petit Hans », suivi par Freud qui, à 5 ans, est pris d'une peur panique à l'idée de croiser un cheval.
    Vous remarquerez d'ailleurs que les petits enfants se sentent bien plus proches des animaux que des adultes jusqu'au moment où, vers 4 ans, ils vont commencer à les craindre.

     Cela nous indique bien que la plupart de nos peurs sont en fait teintées d'angoisses inconscientes. On peut être très courageux face à un danger réel et lâche face à ses pulsions.

    Je pense au cas clinique d'un militaire héroïque, cité par le psychiatre Legrand du Saule, qui, lorsqu'il se rendait en ville habillé en civil, était pris de crise d'agoraphobie en traversant une place.

    Ce qui est en jeu dans la castration, c'est l'angoisse de perdre l'amour des parents en transgressant leur loi – et d'abord la loi de l'interdiction de l'inceste.
     


    C'est donc de notre désir que nous avons peur ?


    Le névrosé travaille à avoir un désir insatisfait, découvre Sigmund Freud. Car il s'imagine que, s'il réalisait son désir, dont il ne sait pourtant rien, cela le détruirait.

    Dans le même temps, il se sent -coupable de céder sur son désir, énonce Lacan.

     Telle est la « tenaille » dans laquelle le sujet de l'angoisse se retrouve pris. Il est débordé par une présence forte qui ne le lâche pas et qui semble lui demander :

    « Qu'as-tu fait de ton désir ? »

     
    . PHILOSOPHIE .
                                       Kierkegaard Soren



    Ne rejoint-on pas ici Søren Kierkegaard qui, le premier, a mis en lumière l'angoisse ?

    Lacan dit, en effet, que Søren Kierkegaard nous donne la
    « vérité de l'angoisse »
    .

     Quelques décennies avant la découverte de la psychanalyse, le philosophe danois a eu une magnifique intuition.

     Contre Hegel, qui s'efforce toujours de chercher la réconciliation de la subjectivité, il est celui qui insiste sur la négativité :
     l'angoisse signe l'impossibilité de la synthèse dialectique.

    C'est ce qui échappe à toute saisie par le Concept.

    Du coup, le moment d'angoisse est peut-être celui où on est le plus sujet : parce qu'on est dans un affect qui n'est qu'à soi.

     L'angoisse est donc, en quelque sorte, le déclencheur de la subjectivité.
     


    Quelle lumière la clinique analytique jette-t-elle sur les peurs qui agitent nos sociétés ?


    Le philosophe américain William James, au début du XXe siècle, écrit de façon touchante que « maintenant que la science a évolué, certains pourront vivre du berceau au tombeau sans jamais connaître les affres de la peur ».

     À l'évidence, il s'est bien fourvoyé et a été mauvais prophète !

    Alors que les motifs de peur réelle disparaissent, ce sont les phobies qui se multiplient. Aujourd'hui, la peur est dans notre assiette.
    Cela commence avec le boeuf, dont on doit s'assurer la « traçabilité ».

    Mais plus on contrôle, plus on a de raisons de se méfier. Il est désormais requis de toujours garder un oeil sur ce qui peut rentrer dans notre corps.

    Nos peurs tournent autour de l'idée d'empoisonnement, de contamination. 
     


    On ne sait plus qui croire…

    Oui, l'autorité a été destituée et a laissé place au règne des experts.

     Tout se passe comme si la fonction paternelle – ce que Lacan appelle le « nom du père » et qui, nous séparant de la volonté de jouissance de la mère, maintient notre désir ouvert –, n'opérait plus correctement.

    Alors, les « non-dupes errent », ajoute ce dernier.
     




    . PHILOSOPHIE .
    À vous suivre, il y aurait donc un lien entre l'effondrement de la religion – qui maintenait ce « nom du père » – et la peur contemporaine…

    Lacan retourne l'énoncé de Dostoïevski :

     « Si Dieu est mort, tout est permis. »

    Au contraire, si Dieu est mort, plus rien n'est permis.

     L'homme athée est plus que jamais en proie à la culpabilité.


    Que dit Jean Paul II en arrivant ? « N'aye. PHILOSOPHIE . z pas peur ! »








     




    Il cherche un effet contre-phobique.



    Tandis qu'en psychanalyse, on ne cherche pas à rassurer :

    on cherche à réajuster le sujet parlant à l'objet angoissé de son désir, en remettant en jeu le « nom du père ».

    Si quelqu'un vient me protéger, j'aurai peut-être moins peur, mais qui me protégera de celui qui me protège ? 
     


    . PHILOSOPHIE .



    La psychanalyse nous désigne donc un rapport nouveau à l'angoisse ?

    L'angoisse dit vrai et, en même temps, le sujet n'entend pas cette vérité. Il reste divisé par rapport à elle.

     Sa propre angoisse demande donc à être déchiffrée par le névrosé.

     La « philosophie » de l'analyse consiste, non pas à l'exacerber, mais à traiter l'angoisse comme un oracle de son propre désir et plutôt que de la pacifier, à en assumer le réel.

    Du coup, même une cristallisation phobique, si elle n'est pas grave, peut se révéler pleine d'intérêt : elle oblige le sujet à se déclarer le problème. Et à remettre en jeu le « nom du père » et, au-delà, au désir de la mère.

    À partir de là, la traversée de l'angoisse permet au sujet de se confronter à une part essentielle de lui-même.

    Pour reprendre une formule de Freud, je dirais que là où l'angoisse

                                     était, le sujet doit advenir.


    . PHILOSOPHIE .


                                                        


                                                              

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